01 — La Cale
Nous avons scellé la Cale à neuf heures, heure locale. Dix-huit mois. Aucune permission de sortie. Le sas a cyclé deux fois, comme la procédure l'exige, puis il a cessé de cycler et ce fut la nouvelle condition.
La Cale est un analogue d'environnement confiné : un cylindre d'acier enterré dans le flanc d'une colline, sur un site de recherche qui ne figure sur aucune carte commerciale. Vu de l'extérieur, on dirait un réservoir. Vu de l'intérieur, c'est le vaisseau que nous ne piloterons jamais. Même volume. Même budget d'air. Même puissance de calcul. Même équipage.
Nous sommes huit. Les langues, sur le mur, sont huit. Tamazight, wolof, français, vietnamien, espagnol, arabe, anglais, portugais. Le mur est un morceau de scotch vinyle, les noms écrits par la personne arrivée la première, de sa main, dans son alphabet. Personne ne le lui a demandé. C'est le premier objet de la Cale et il donne le ton.
Le système que nous testons a une règle : chaque nom est une vue posée sur un hash. Le hash est la vérité. Le nom est l'hospitalité. Nous passerons les dix-huit mois à venir à découvrir si cette règle survit à l'ennui, à la fatigue, à une alarme d'air à trois heures du matin, et à la lente prise de conscience que, dehors, personne ne pourra nous aider quand nous aurons cessé de faire semblant.
Jour un. Le hash existe. C'est assez.